Le grill coréen : la nouvelle obsession des food lovers

Publié le: 4 février 2026

Je me souviens encore de ma première fois chez Soon Grill, rue des Tournelles. Le serveur, tout droit sorti d’un magazine, m’expliquait comment saisir l’entrecôte moi-même sur le grill encastré dans la table. J’ai brûlé les premiers morceaux. Mais cette maladresse faisait partie du charme : on ne vient pas ici pour être servi, on vient pour vivre quelque chose. L’expérience n’a rien d’un simple service à l’assiette – on devient acteur du repas, c’est tout le principe.

Le barbecue coréen à Paris a dépassé le stade de simple tendance culinaire. Il s’est imposé comme une référence pour ceux qui traquent les nouvelles expériences sensorielles et s’affirme désormais comme une véritable tendance gastronomique. Alimentée par l’explosion mondiale du K-Food et la fascination pour une immersion culturelle inédite, cette pratique mêle tradition, modernité et art du partage. (Il arrive d’ailleurs que des habitués planifient leur visite, menus en tête, rien que pour tester les dernières recettes ou innovations de la carte.)

L’essor d’une expérience immersive

Si le phénomène grandit, c’est d’abord pour sa dimension sensorielle et immersive. Ici, rien n’arrive prêt, rien n’est figé. Le barbecue coréen transforme chaque table en une scène animée : la viande crépite, les fumées montent, les parfums de soja caramélisé envahissent l’espace. On compose ses bouchées, on teste des assemblages parfois hasardeux, on discute autour de la chaleur.

Cette approche immersive correspond exactement aux attentes d’une génération qui valorise l’expérience autant que le produit fini — une sorte de gastronomie participative. Les restaurants coréens l’ont bien compris : le spectacle compte autant que l’assiette. Pour certains, c’est même une forme d’inspiration multiculturelle, une façon de revisiter les codes classiques par la sensation.

Il n’est pas rare que le repas donne lieu à de véritables sessions photo, surtout quand le bibimbap arrive dans son bol de pierre fumant ou qu’un Japchae coloré fait son entrée. Instagram et TikTok n’y sont pas étrangers…

L’excellence certifiée : Soon Grill et ses pairs

le-grill-coreen-la-20260202084508.png

Soon Grill détient une distinction rare : le label « Excellent Korean Restaurant » délivré par le ministère coréen de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales, via le Korean Food Promotion Institute. Cette certification, souvent mise en avant pour rassurer la clientèle en quête d’authenticité, garantit que la qualité et les traditions ne sont pas du simple vernis marketing.

Sunghak Han, le fondateur, a misé sur trois piliers : viandes premium, design soigné, service irréprochable. Wagyu d’Australie, bœuf mariné façon Bulgogi, porc ibérique, mais aussi options végétariennes ou Halal (grâce à la boucherie CHAYMA) ouvrent la carte à tous sans compromis. Les banchans — ces accompagnements fermentés comme le kimchi, le radis blanc ou les algues croustillantes — arrivent systématiquement en cortège, encore une marque d’excellence et de générosité.

Le design intérieur, signé Woojin LIM, a décroché une vraie reconnaissance internationale à la Biennale de Florence. Bois sombre, lignes épurées, céramiques coréennes (notamment de l’artisan Yido), lumière tamisée : l’esthétique marie tradition et minimalisme contemporain, avec un vrai souci du détail. Certains visiteurs évoquent l’impression de déjeuner dans une galerie d’art tant la scénographie est poussée.

Sur place, le service aussi suit un rythme bien calibré : ni trop présent ni absent, juste ce qu’il faut pour que l’autonomie du client prime sans jamais créer de flottement.

Les adresses qui comptent à Paris

RestaurantAdresseSpécialitéFourchette de prix
Soon Grill Marais78 rue des Tournelles, 75003Entrecôte Wagyu, bulgogi18-70 €
Soon Grill Champs-Élysées10 rue du Commandant Rivière, 75008Grillades premium, desserts fusion20-65 €
KBG14 rue du Dragon, 75006Barbecue traditionnel, banchan généreux15-55 €
Chez Bong15e arrondissementPorc mariné, bibimbap12-45 €

KBG, dans le 6e arrondissement, mise sur l’accessibilité sans sacrifier la qualité. Les menus midi, réputés parmi les habitués, oscillent entre 15 et 26 €, riz, banchan et dessert inclus : un format qui attire aussi une clientèle étudiante ou professionnelle à la pause déjeuner. Chez Bong, dans le 15e, cultive une atmosphère plus familiale, franche, où la convivialité l’emporte souvent : il arrive que des groupes locaux s’y retrouvent pour célébrer un anniversaire ou tout simplement partager un Bibimbap géant. C’est simple, ici, le partage fait partie du décor.

D’autres adresses émergent avec une spécialité propre : Krispy Korean Chicken, connue pour son poulet frit coréen croustillant et généreusement relevé, propose aussi du japchae et des banchans maison (l’adresse s’échange souvent officieusement entre amateurs de street-food coréenne).

Rituels et art de la table

le-grill-coreen-la-20260202084535.png

Le repas au barbecue coréen obéit à une chorégraphie précise, mais pas trop rigide :

  • Allumer le grill : charbon ou gaz, parfois électrique selon le quartier

  • Déposer la viande : tranches fines qui cuisent en quelques secondes

  • Composer sa bouchée : viande, kimchi, ssam — souvent enroulée dans une feuille de laitue ou de périlla

  • Alterner : bouchées de grillades, cuillerées de riz ou de bibimbap fumant

  • Partager : que ce soit entre amis ou voisins de table, le plat incite à s’entraider

Les banchan sont renouvelés à volonté dans la plupart des établissements gastronomiques coréens à Paris ; c’est typique et attendu. (Certains serveurs le rappellent dès la première commande.) Cette générosité dépasse la simple attention commerciale : elle incarne une philosophie du partage extrêmement marquée en Corée.

Il arrive qu’une table entame spontanément une discussion avec une autre pour échanger astuces sur la cuisson, ou recommander tel banchan plus original : la convivialité se construit au fur et à mesure du repas, presque sans que personne ne l’ait provoquée. Ce n’est pas toujours évident ailleurs…

Notre avis

Je dois l’avouer : la première fois, le côté “wahou” m’a bluffé, mais il faut un certain temps pour appréhender l’art de griller sa propre viande sans tout cramer. Pour qui veut se concentrer sur la dégustation pure, la cuisine à table peut vite devenir laborieuse. Tout le monde n’est pas à l’aise devant le grill, et on voit parfois des convives hésiter avant d’essayer.

Ce qui change la donne, ce sont les banchan – ces petits accompagnements fermentés qui rythment littéralement le repas. Un kimchi blanc au radis par exemple : il nettoie le palais, réveille les papilles, crée une vraie pause entre deux bouchées riches. D’un point de vue nutritionnel, les légumes fermentés ajoutent même un équilibre qui manque souvent aux repas carnés.

Et côté qualité, la viande fait tout. Une entrecôte Wagyu à 70 €, d’accord, ce n’est pas pour toutes les bourses. Mais une fois goûtée, la texture et la profondeur du gras laissent un souvenir bien différent d’un steak classique. Certains habitués y viennent presque en “pèlerinage” les jours de grande occasion, quitte à économiser pour l’expérience.

Mieux vaut prévoir de venir le ventre creux : avec la succession de plats, on ne repart jamais léger mais toujours satisfait. Peut-être que l’ambiance, le décor sophistiqué, la promesse de plats signature, ont aussi leur part dans ce sentiment.

Témoignages et recommandations

Les critiques gastronomiques français sont arrivés un peu tard sur le phénomène, mais l’enthousiasme est partout. Les réseaux sociaux ont pris de l’avance : vidéos de grillades en direct, photos des banchans alignés comme autant de peintures miniatures, reels sur le wagyu fondant — tout circule. TikTok, Instagram, Facebook : chaque nouvelle venue d’un plat ou d’une recette innovante alimente la viralité du barbecue coréen.

Les habitués ont leurs petites stratégies :

  • Venir à deux minimum (pour partager les plats et réduire la facture, c’est clairement pas pour tout le monde en solo)

  • Privilégier le midi si le budget serre (menus entre 15 et 26 €)

  • Commander une viande premium ET une viande marinée traditionnelle pour mieux comparer

  • Ne pas négliger les accompagnements végétariens (Japchae, bibimbap végétarien)

Certains conseillent aussi un détour par la carte des vins : même discrète, elle propose parfois quelques cuvées asiatiques ou naturelles inattendues qui accompagnent bien le repas. Les serveurs chez Soon Grill sont souvent loués pour leur sens du rythme : ils interviennent juste ce qu’il faut, parfois en anticipant les besoins avant qu’on les formule. Ce détail, souvent cité dans les témoignages, fait toute la différence entre une bonne adresse et une référence.

Quelques clients réguliers évoquent même la découverte de desserts fusion coréens récemment lancés : tiramisu coréen au thé vert ou panna cotta Yakgwa, qui apportent une touche finale inattendue au rituel du repas.

Pourquoi cette tendance s’amplifie

le-grill-coreen-la-20260202084602.png

Plusieurs facteurs convergent, et pas uniquement la passion K-pop ou les dramas. La mondialisation culinaire, alimentée par les séries coréennes et la vague Hallyu, a installé la Corée dans l’imaginaire des food lovers parisiens — c’est presque devenu un passage obligé, comme certains l’expliquent.

Mais il y a aussi une lassitude face aux codes rigides de la gastronomie française : le barbecue coréen impose un rapport différent au repas. Moins formel, plus participatif : ici, le client devient acteur, le chef laisse de la place à l’initiative personnelle. Ce modèle séduit une clientèle jeune, connectée, toujours en quête de contenus originaux — il faut dire que le visuel du grill, les flammes, les bouchées joliment composées font leur effet sur les réseaux, parfois plus que le goût lui-même.

Et côté prix, l’argument tient la route : le midi, la formule à 15 € chez KBG ou Soon Grill Marais reste bien plus abordable qu’un bistrot étoilé — tout en gardant une qualité de produit reconnue. C’est ce rapport qualité-prix qui explique que le phénomène s’amplifie. Certains responsables de salle constatent que la certification “Excellent Korean Restaurant” rassure les nouveaux clients et crée une fidélisation durable. (Un banchan systématique, un soin du décor, une option Halal ou vegan : chaque aspérité attire sa niche.)

La dimension santé, elle aussi, ne laisse pas indifférent. Fermentation (kimchi, gochujang, doenjang) pour la flore intestinale, légumes en accompagnement systématique, alternatives vegan — tout cela contribue à la réputation d’une cuisine saine, ce qui n’est clairement pas le premier réflexe chez les amateurs de grillades.

Le barbecue coréen à Paris ne reste plus confiné à la niche ethnique. Il s’est installé comme une alternative crédible au bistrot traditionnel et à la street-food “instagrammable”. Soon Grill étend ses adresses, KBG aussi, Krispy Korean Chicken voit sa salle se remplir dès 19h le week-end — la demande n’a jamais été aussi forte, et certaines cartes sont renouvelées plusieurs fois par an pour surprendre les habitués.

Cette pérennité dépendra de la capacité des établissements à maintenir leur exigence d’origine. L’obtention du label “Excellent Korean Restaurant” a clairement dopé la fréquentation, mais le risque d’industrialisation reste réel — tout le monde ne souhaite pas se retrouver avec une viande standardisée, ni manger un kimchi fade. Aujourd’hui, les restaurateurs en vue misent beaucoup sur le respect des fermentations, la sélection des viandes (Wagyu, bœuf mariné, porc ibérique) ou les nouveautés comme le poulet frit coréen (Krispy Korean Chicken) pour défendre l’authenticité.

Reste la question du public : acceptera-t-il durablement de payer 40-60 € par tête pour une expérience où l’effort personnel fait partie du jeu ? Ce n’est pas gagné pour tout le monde, mais pour beaucoup, c’est le moment et l’histoire à raconter qui font tout le sel. Et même un dimanche soir, aucune livraison ne remplace ce sentiment — expérience sensorielle comprise.

Wok et grill
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.